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Baromètre 2026 : la précarité alimentaire s’installe durablement chez les travailleurs pauvres
Publié le : 15 juin 2026
Pour la deuxième année consécutive, Andès publie son Baromètre national sur la vie quotidienne et l’alimentation des travailleurs pauvres, réalisé avec Ipsos bva.
Cette nouvelle édition met en évidence une dégradation préoccupante de la précarité alimentaire. Si la proportion de travailleurs pauvres confrontés à des privations reste globalement stable, celles-ci deviennent plus fréquentes, plus durables et plus intenses.
Restrictions alimentaires, repas supprimés, renoncements à des dépenses essentielles, sentiment d’abandon : aujourd’hui, avoir un emploi ne protège plus toujours de la faim et de la précarité.
Télécharger les résultats du baromètre
Les résultats de ce baromètre font écho aux constats observés quotidiennement sur le terrain par les épiceries solidaires du réseau Andès. Depuis la crise du Covid-19, la part des travailleurs parmi les bénéficiaires ne cesse de progresser, révélant l’installation durable de nouvelles formes de précarité. Aujourd’hui, à l’échelle des 635 épiceries solidaires du réseau, 43 % des personnes accompagnées sont sur le marché du travail. Une proportion significative et inquiétante qui confirme que l’exercice d’une activité professionnelle ne constitue plus, à lui seul, une protection suffisante contre la précarité et les difficultés d’accès à une alimentation de qualité.
La privation s’intensifie : de la restriction à la privation régulière
En 2026, la précarité alimentaire des travailleurs pauvres ne régresse pas, elle s’intensifie en fréquence.
Des restrictions qui deviennent chroniques
49 % des travailleurs pauvres déclarent être souvent contraints de se restreindre alimentairement en raison de leur situation financière, contre 45 % en 2025.
Concrètement, au cours des 12 derniers mois :
- 54 % restreignent leurs quantités de nourriture et ne mangent pas à leur faim (dont 27 % souvent ou très souvent, +2 pts).
- 40 % sautent plusieurs repas par semaine pour permettre à d’autres membres de leur foyer de manger.
- 70 % s’alimentent essentiellement de féculents (pâtes, riz, pommes de terre), dont 46 % souvent ou très souvent (+3 pts).
- 68 % ne mangent pas suffisamment de fruits et légumes frais (dont 41 % souvent ou très souvent, +5 pts).
- 80 % ont dû diminuer l’ensemble des postes de dépenses (les soins médicaux, le chauffage et l’éclairage, les déplacements, les habits, etc.) pour pouvoir continuer à faire leurs courses alimentaires, et 69 % ont réduit des dépenses vitales (alimentation, santé, hygiène, énergie).
Les courses quotidiennes (alimentation, hygiène, etc.) sont le premier poste de dépenses pesant sur leur budget (65 %), suivies d’autres dépenses incompressibles comme le logement (61%), les dépenses liées à l’énergie du logement (56%) ou des frais liés au véhicule (36%). L’alimentation apparaît comme la principale variable d’ajustement.
Malgré ces contraintes, l’alimentation saine reste une priorité pour une majorité de travailleurs pauvres. Seul un tiers d’entre eux préfère dépenser moins pour une alimentation saine et plus pour leurs sorties ou leurs loisirs. Ainsi, si l’argent n’était pas un problème, les fruits et légumes frais (55%) et les produits bios et/ou locaux (36%) seraient les principaux postes de dépenses derrière la viande et le poisson (68%), révélant l’écart entre aspirations et réalité.

Les enfants en première ligne malgré des parents qui se sacrifient — et les familles monoparentales encore plus exposées
La situation est particulièrement alarmante pour les familles avec enfants, et plus encore pour les familles monoparentales, qui concentrent toutes les vulnérabilités :
- 37 % des parents restreignent les portions de leurs enfants (+3 pts vs 2025), 28 % ne peuvent pas les faire manger à leur faim.
- 24 % font sauter des repas à leurs enfants.
- 55 % des parents ne peuvent pas fournir à leurs enfants suffisamment de protéines animales (dont 27 % régulièrement, +6 pts en un an).
- 50 % déclarent avoir souvent du mal à donner une alimentation équilibrée à leurs enfants (vs 47 % en 2025).
Chez les familles monoparentales, davantage composées de femmes, les chiffres atteignent des niveaux critiques : 66 % des personnes à la tête de ces familles restreignent leurs propres quantités de nourriture, 54 % sautent des repas pour que leurs enfants puissent manger. Mais les arbitrages dépassent l’alimentation et ont un impact particulièrement préoccupant : 82 % ont dû réduire souvent des dépenses vitales (alimentation, santé, hygiène, énergie) (+13 pts en un an). Les parents sont les premiers à se sacrifier, mais la précarité finit par rattraper l’alimentation des enfants : 67 % n’arrivent pas à leur faire manger suffisamment de fruits et légumes frais, et 65 % les nourrissent essentiellement avec des féculents.
Un faible recours aux aides qui nourrit un profond sentiment d’abandon
Le deuxième enseignement de l’édition 2026 est peut-être le plus préoccupant pour l’avenir : alors que la situation alimentaire se dégrade, le recours aux aides alimentaires recule. 32 % des travailleurs pauvres déclarent avoir eu recours à au moins une aide alimentaire, contre 36 % en 2025. Lorsque des travailleurs pauvres ont recours à des aides alimentaires, ils bénéficient principalement de distributions gratuites de colis (22%), d’épiceries solidaires (21%) ou de chèques alimentaires (21%).
Un sentiment massif d’abandon par les pouvoirs publics
85 % des travailleurs pauvres ont le sentiment d’être abandonnés par les pouvoirs publics, dont 55 % souvent ou très souvent.
Près de 6 travailleurs pauvres sur 10 estiment que les aides leur sont inaccessibles en raison des effets de seuil : ils gagnent trop pour être éligibles, mais pas assez pour s’en sortir. Ils sont également confrontés à des difficultés pratiques : 48 % ont rencontré des problèmes pour effectuer des démarches administratives en ligne au cours des 12 derniers mois.
À cela s’ajoute une solitude qui s’approfondit : 63 % éprouvent le sentiment d’être très seuls (28 % régulièrement, +3 pts vs 2025), et 58 % ne savent pas toujours vers qui se tourner en cas de problème.
Le non-recours aux aides : méconnaissance, mais aussi honte et sentiment d’illégitimité
Parmi ceux qui ne recourent pas aux aides malgré leurs difficultés, le premier frein reste la méconnaissance des dispositifs (64 %) et le sentiment de ne pas y être éligibles (56 %). A cela s’ajoute un sentiment de honte : 42 % déclarent ressentir de la gêne ou de la honte à l’idée d’en bénéficier (+10 pts en un an).
Pour les travailleurs pauvres ayant recours aux épiceries solidaires, les effets sont concrets et reconnus : 74 % déclarent mieux gérer leur budget alimentaire (+7 pts), 72 % accèdent à des produits frais de qualité (+3 pts), et 68 % se sentent plus confiants dans leur capacité à surmonter leurs difficultés.
Des aides adaptées existent et fonctionnent, mais elles restent encore trop peu présentes et connues, particulièrement pour les travailleurs pauvres.
À propos de l’enquête
Enquête réalisée par Ipsos bva pour Andès auprès de 1 000 travailleurs en situation de précarité et/ou de pauvreté âgés de 18 à 67 ans, constituant un échantillon représentatif de cette population. Critères d’inclusion : travailler en CDD, intérim, apprentissage, temps partiel subi, et/ou vivre sous le seuil de pauvreté. Terrain en ligne du 13 au 23 février 2026. Deuxième édition du baromètre.
Regarder le replay de l’événement
Les résultats complets et la synthèse du baromètre sont disponibles en téléchargement après avoir complété le formulaire ci-dessous.
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